GRACE Thématique 2011/2012 : IMMERSION

Pour cette nouvelle année le Groupe de Recherche sur l’Anthropologie du Corps et ses Enjeux (GRACE) souhaite interroger la tendance sociétales actuelle que l’on désigne par immersion sensorielle. Une immersion que nous proposons de diviser en deux moments fondateurs, deux moments gigognes encapsulant le vécu de nos existences, qui dessine les contours de ce que nous définirons par l’« être-là du dispositif ». Ce procédé d’immersion ordonnancerait et requalifierait l’ensemble de nos sensorialités (O. Sirost), et concourrait aux processus d’hybridation et de mutation (B. Andrieu) déjà engagés.
Le premier moment consiste à désirer immerger le corps au sein d’un dispositif environnemental multi et transmédiatique dans lequel les sens - principalement la vue, l’ouïe, le toucher, la kinesthésie - sont sollicités et contrôlés. Ces dispositifs jouent sur l’illusion de téléporter le corps dans un environnement matriciel et fictionnel autre, dans lequel le sujet est en posture de réception somatique et d’interaction. Ici l’environnement serait substitué par autre, mais cette substitution peut être « totale » ou « partielle », et jouer sur la confusion déjà consommée entre réel et virtuel afin de créer des réalités augmentée (RA) et/ou alternée (AR). Selon les dispositifs engagés et le type de sollicitation recherché il apparaît une grammaire de l’œuvre immersive à mettre à jour.
Le second moment est celui de vouloir incarner, ou endosser, un autre corps que le sien, pour une communication inter et transcorporelle (B. Andrieu). Arthur Rimbaud affirmait dans la Lettre à Georges Izambard que « Je est un autre », à sa suite, nous complétons son affirmation par « Je est un autre corps que le sien ». Outre le fait que l’on pense à l’engagement intradiégétique (É. Souriau) du lecteur dans un roman, ou du processus d’identification/projection affectuel (E. Morin), il semble nécessaire de reconsidérer cet engagement à l’aune des productions cinématographiques et vidéo-ludiques qui usent abondamment de ce que l’on désigne par point de vue subjectif (POV, Gonzo…). Cette propension irait de paire avec une diversification et une spécialisation des interfaces visuels (écrans, cinéma et lunettes 3D et casque de vision stéréoscopique) et haptiques, ainsi qu’un affinement de la sensibilité dans la restitution/création des sensations intracorporelles par des procédés cinématographiques, graphiques, sonores et haptiques. Tous ces éléments concourent à raffermir le principe de synesthésie, de correspondance entre les sens.
Ce principe d’immersion doit être considéré comme nouveau champ du « rayonnement » de l'être humain participant à la transformation de son Umwelt selon la terminologie de Uexküll, grand inspirateur de Martin Heidegger et Gilles Deleuze, ce qui, en soit, nous prépare à prédiquer (A. Berque) sensoriellement le monde, ou pour le dire autrement, à créer de nouvelle affordance (J.J. Gibson) ou énaction (F. Varela). Le GRACE, dans la poursuite de ses travaux déjà entrepris, continue cette année son exploration sur la fabrique des corps et des nouveaux scenarii des mutations anthropologiques.

Critique PHRENOS


VISUELS de présentation graphique des résultats de l'étude sociologique sur le SOUFFLE menée pour Filomena en collaboration avec ERANOS.
 

P H R E N O S


« Et mille autres animaux grouillent, se détendent,
s’élancent vers les orifices de ces hommes.
Et leurs voix se résument en SOUFFLE,
en souffle encore chaos contenant tous les rythmes,
en souffle souffrant encore d’être diffus et multiple. »

René Daumal
Le contre-ciel.

L’ensemble des œuvres de Filomena Boreká forme une totalité, un monde en soi, composé de correspondances, de corps pneumatiques tournoyants et virevoltants dans les éthers.
En présentant le dispositif PHRENOS l’artiste rend hommage, et par la même interroge, les souffles qui l’aidèrent à emplir de vitalité tous ses dessins, sculptures et performances. Ces autres souffles que le sien, ceux qui expirent pour eux-mêmes sans qu’ils ne soient véritablement entendus, ni ressentis, sans que leurs absentes présences ne soient investies en tant que matière à la création artistique, sont ici présentifiés et réunis. PHRENOS nous les restitue tous pour les redoubler sous de multiples formes : les voiles vaporeux et tonalités affectives de l’air se dévoilent par les intentionnalités et gestes de l’artiste.
Constitué d’une sculpture habitable et d’enregistrements sonores qui sourdent de son intérieur, PHRENOS est un site pour se perdre - et mieux se retrouver - dans les méandres et vortex des innombrables respirations du monde. Semblable à une alvéole, poumon à corps ouvert, cette cavité matricielle se situe à la confluence du rythme de nos propres inspirations et expirations physiologiques et de la mondanité d’un souffle unique, collectif.
Dans ce ventre alvéolaire conçu en collaboration avec le designer Bruno Dubois, la lumière est tamisée, favorable à l’attention somatique et à l’écoute. Ici les respirations se répètent, se réverbèrent en échos, sans jamais revenir au même : ce sont les matériaux recueillis par l’artiste que constituent la Banque du Souffle. Les timbres des respirations, parfois doux, suaves, chuintants, caverneux, tantôts haletants, mesurés, rauques ou bien imperceptibles peuvent nous cajoler, en syntonie avec eux, nous étreindre, ou bien même nous oppresser. Face à l’intimité de ces souffles, l’auditeur est livré à ses propres évocations poétiques.
Franchir le seuil de PHRENOS, s’y lover, c’est décider de s’affranchir de sa condition terrestre pour fréquenter ces lointaines contrées d’où naissent le souffle individué, avant qu’il ne se singularise en des êtres uniques. Habiter ce puissant souffle collectif, c’est peut-être mieux habiter le sien en retour.
PHRENOS ne se cantonne pas seulement à un dispositif de médiation et de restitution du souffle. Il se veut aussi un lieu d’échange et de réflexion sur sa dimension discrète sociétale. Certes, la sollicitation des sensations et de la mémoire corporelle dans l’esthétique de la réception de l’œuvre est primordiale. Mais qu’en est-il lorsque les souffles s’entremêlent pour produire des atmosphères, des tempéraments ? Et que leur ressenti est exprimé par des mots et/ou expressions ? De ces moments, se décident nos imaginaires.
Pour ce faire, Filomena Boreká a convié des sociologues à poursuivre ces réflexions. Avec l’artiste, un questionnaire a été monté puis dispensé lors d’expositions et de résidences[1]. Y sont interrogés, pèles mêles, les thèmes de la reprise du souffle, du soupir, du rythme, des images mentales, des odeurs, des sensations internes… enfin tout ce qui permet de saisir le climax invisible des humeurs et affects relatifs au souffle.
Après cette phase de saisie et de haute turbulence, voici le moment de restitution à sa libre circulation. Pour l’artiste le souffle est « la dernière chose que nous partageons encore sans aucune restriction matérielle et dans la gratuité de son échange. »

Frédéric Lebas

[1] PHRENOS est en gestation depuis 4 ans. Plusieurs centaines de personnes provenant de différents pays et horizons sociaux ont déjà contribué à cette expérience en répondant aux questionnaires et donnant leur accord pour enregistrer leur respiration. Ce projet a accompagné Filomena lors de ces expositions et résidences, notamment au Queens College Art Center à New York (How often you fell your breath...), et à L'H du Siège à Valenciennes Tous ces matériaux recueillis ont été une grande source d’inspiration et d’information pour l'artiste. Les sociologues, Stéphane Hugon et Frédéric Lebas font parti du Centre d’Etude sur l’actuel et le Quotidien (Ceaq) et du cabinet ERANOS.

Filomena Boreká
http://www.yboo.net/filomenaborecka
http://escautrivesderives.wordpress.com/ 



Fresque (220cm X 90cm) réalisée par mes soins présenter les résultats de cette étude :

 


On est parlé plus que l’on ne parle
On nous ment plus que l’on ne ment
On nous ment plus que l’on nous parle
On est raconté plus que l’on se raconte
On se raconte plus que l’on ne ment
On est drogué plus que l’on se drogue
On est dans l’illusion plus que l’on s’illusionne
On s’illusionne plus que l’on se drogue
On est pissé plus que l’on ne pisse
On est en manque plus que l’on ne manque
On est en manque plus que l’on se drogue
On est niqué plus que l’on nique
On se nique plus que l’on se fictionne
On est fictionné plus que l’on fictionne
On est dans la fiction plus que l’on s’éclate
On est éclaté plus que l’on s’éclate
On bande plus que l'on s'éclate
On est vomi plus que l’on vomi
On vomi plus que l’on ne mange
On est mangé plus que l’on mange
On est irradié plus que l’on s’irradie
On est éclairé plus que l’on s’éclaire
On est irradié plus que l’on est éclairé
On nous rend con plus que l’on est con
On est con plus que l’on est éclairé
On est pensé plus que l’on pense
On est con plus que l’on ne pense
On est dans la merde plus que l’on se démerde
On est dans la merde plus que l'on pense
On est pris pour un con plus que l’on est con
On se branle plus que l'on nous branle
On se branle plus on est con
On est dans la merde plus que l’on ne pense
On est brulé plus que l’on se brûle
On est critiqué plus que l’on se critique
On est brulé plus que l'on critique
On est déféqué plus que l’on ne défèque
On est critiqué plus on défèque
On est ignoré plus que l’on ignore
On est pensé plus que l’on ignore
On se boit plus que l’on ne boit
On nous saoule plus que l’on se saoule
On se saoule plus on boit
Je me saoule plus je me pense
J'arrête !

NIDS ELECTRIQUES (souvenir bulgare)

Ces nids électriques sont d’une extravagance insensée. Ils osent enfin sortir des maisonnées pour exhiber leurs fils ténus et délicats, réceptacles des fées et kobolds électriques modernes. De leur nouvelle assurance, ils ne cherchent plus à cacher l’intimité de leurs rets. Ne leur en voulez pas de s’exhiber comme cela en public, leurs bordéliques chaos sont peut-être la mise à jour d’un nouvel écosystème. Cette mise à nue n’est que la partie émergente de ce qui se trouve à couvert de nos regards, la plupart du temps, logés dans d’incompréhensibles boîtes noires sous tension, où énergie et information circulent à la vitesse de la lumière. Ces nids électriques sont ces foyers de résistance visibles à toutes possibilités d’ordonnancement des réseaux. Ces câbles sont toujours trop longs, ils enflent, ils débordent. Et bien que l’on tente de les arranger en nœuds, ils finissent toujours par n’être que des amas inextricables de spirales organiques entrelacées. Est-ce un hymne à la vie qui y circule ? Celui qui décide de les couper, se coupe d'elle aussi. Mais peut-être est-ce un moindre mal que laisser faire ? Malgré leurs trop grandes longueurs dont personne ne veut, ce sont d'indispensables restes, desquels peuvent ressurgir à tout instant des choses dont on ne peut décider la forme. Ce ne sont pas des pollutions visuelles que tout architecte se doit d’effacer d’une façade. Ne faut-il pas plutôt les laisser pousser, tels des herbes folles, comme manifestation de la vie qui circule dans toute la ville ? Ils ne manquent pas d’air, ni de spectre, on suppose même que quelque ménagerie improbable composée d’animaux d’un nouveau genre y couve. Impossible me direz-vous, qu’une hirondelle électrique n’y élise domicile. Et pourtant, si cela était vrai. Ces nids sont des foyers vierges d’imaginaires, pas seulement des nids à poussières.




Un poster :





HYP~[no(i)s]~E ou l’équation d’une chute dé-programmée

C’est un vecteur, un signal, nombreux sont ceux qui cherchent en vain sa source. Mais savent-ils que c’est eux-même qui l’émettent.
C’est une suite de collusions et d’accidents et pourtant ça ne vit pas.
C’est une hallucination collective consensuelle qui tend inexorablement vers le vertige de la chute. Mais le vertige n’est-il pas censé les éveiller ?
C’est le bruit nihiliste de cette chute civilisationnelle sans fond vers lequel tous nos sens se dirigent.
C’est une co-évolution dans un écosystème qui se meurt.
C’est le rat, la mouche, le parasite qui sommeillent en nous.
C’est un flux continu de foutre et de diverses humeurs, un jaillissement d’ectoplasme visqueux, une grappe d'où dégouline de la chair fusionnant avec du métal, le tout s’échappant d’interstices purulent humoraux. Mais de quels expérimentations sortent-ils ?
C’est un système de compensation, et de dépense consummatoire en circuit fermé, on pense qu'elle s'autoengendre, mais elle s’autodéfèque.
C’est un sens pratique de la fête qui n'a de fête que le nom, orientée moralement par ceux qui veulent nous endormir, puis disséminé par une politique de l’éthique de l'orgie.
C’est une règle du jeu non suivie, puisque nous sommes cognitivement orientés et adaptés à en changer constamment toutes ses règles.
C’est pas grand-chose, mais c’est encore bien trop.
C’est une esthétique qui ne trouve aucun support sur lequel s’exprimer, si ce n’est qu’elle nait de la fange infertile de la nouveauté.
C’est tout au plus une erreur que lui avoir donné ce nom.
Son seul mérite, c’est sa persistance à vouloir exister envers et contre tout...



HYP~[no(i)s]~E

DEFENAITRER

Au file de mes pensées face à cette fenêtre, c’est mon regard qui accroche, qui dissèque le réel avec pour seul désir de le rendre transparent, proxémique, du moins intelligible. A force de vouloir tout s’approprier, ce regard lacère les paysages et écorche les corps. Lui qui ne voulait que toucher, il ne fait que blesser. C’est peut être le prix à payer du travail du regardeur sur ce qui lui est extérieur, nombreux sont ceux qui à force de parcourir le monde du regard le biffe, le raye, le rature pour finalement, véritablement le transformer. Moi qui suis seul face à cette fenêtre, je ne suis qu’en quête d’une idée pour finir cette interminable ligne, et recouvrer ce semblant de pensée qui c’est égarée en chemin. Mon regard plonge et virevolte une nouvelle fois dans l’abîme du vide, il erre de détails en détails jusqu'aux moment impossible où mon œil panoptique ait tout saisi. Rein n’y fait cette pensée est en définitive égarée, peut être à jamais, qui sait. Mais j’ai fait en sorte cette fois-ci que mon regard effleure, se love sur les formes des choses. Et surtout, qu’il ne trouve pas une idée autre que celle qui a été perdue, si je la voie tant mieux, si je ne la cueille pas tel un papillon dans son envol, tant pis. Trouver autre chose que ce qui a été perdu risque de transformer le paysage de derrière la fenêtre, et n’appréhender que l’illusion fantomatique de ce qui a été oublié. C’est à ce moment que commence le monde des hommes, et que je ferme mes rideaux.

L'HEUREUX EGARE



Pour voir l'expo par ici



Le principe de dévoilement revêt en ce monde, où l’on aurait accès à tout, une importance insoupçonnée. Sans cela, on ne s’approprie plus les territoires habités, il n’y a plus d’extase du regard, plus de surprise, ni de découverte, plus rien qu’un monde fade et sans saveur qui aurait perdu toute poétique et innocence. Alors, au détour d’un chemin vicinal ou urbain, il appartient à chacun, pour ne pas tomber dans la névrose de l’accumulation de ses souvenirs ou de la ritournelle de la remémoration, de trouver l’aventure… Le moindre indice en mesure de nous interpeler est un monde autre à découvrir. Et peu importe les trajets à accomplir, les masques des illusions consensuelles de « déjà vu » se volatiliseront. Tout connu renferme un inconnu qui s’ignore, car l’on n’aurait pas ouvert toutes les portes du possible, de l’impossible et même du compossible.

ENVOL RATE

Du haut du troisième étage de la tour Eiffel j'ai voulu prendre mon envol, me désengluer de la pesanteur visqueuse de la réalité du monde, pris par l'irrésistible envie d'être happé par le vide. Alors j’ai tenté… Mais comme d’habitude c’est mon cerveau, au sens propre comme au figuré, qui suivit le mouvement. Les grilles n’ont jamais su le retenir, alors que mon corps quant à lui, peine à se libérer. Ce n’est que partie remise. Je penserais à prendre tout de même un parachute, un élastique, des ailes d’ange ou de griffon, ou trouver un matelas, une mer pour m'accueillir. Me reste comme souvenir, cette sensation persistante et singulière de vertige intérieur : mon immobilité du troisième étage est feinte. Mon esprit est le réceptacle du cosmos et me fait voyager à la vitesse de la lumière, ou à celle, infiniment plus lente et contemplative, d’un escargot dans sa coquille corps/spiralée.

NERD ! Alors

Première génération de la culture digitale, le Nerd et sa cohorte de termes plus ou moins apparentés, tels que l’otakus selon son pendant japonais, rôliste et hard-core gamer pour les joueurs de jeux invétérés, le geek ayant l’apparence plus « proprète » de l’informaticien, le hacker, pirate du cyberespace, se définit comme nouveau mode de socialité survenant au moment d’un vécu plus intense dans la sphère du virtuel. Aujourd’hui, on peut ajouter à cette liste les termes de netocrate, comme la nouvelle caste élitiste du virtuel, et enfin de nolife ; adolescent qui dès sa prime jeunesse a usé d’un ordinateur connecté à Internet.
Habitants de la Silicone Valley, les nerds ou microserfs ont souvent été considérés péjorativement comme des hurluberlus a-sociaux. On retrouve leurs premières descriptions au commencement des romans cyberpunk, devenant ainsi des acteurs incontournables de la cyberculture. Les nerds seraient la nouvelle avant-garde utopiste émergeante d’une humanité habitant, au sens fort du terme, les mondes virtuels.
Souvenons-nous de cette tirade de Neuromancien, ouvrage de William Gibson qui fit grand bruit à l’époque, et encore à ce jour : « le corps, c’était de la chair. Case était tombé dans la prison de sa propre chair. ». Ce court extrait réaffirmerait l’opposition toujours plus accomplie entre l’esprit et le corps. A force de vivre connecté au réseau, le corps ne devient plus qu’un simple véhicule, à la limite interchangeable, de notre conscience ou esprit : dernier rempart de la matérialité avant une dissolution finale dans la matrice.
Cette utopie cyberpunk n’a jamais été aussi criante de réalité qu’actuellement. Ses imaginaires et ses mythologies véhiculées au départ par les sous et contre culture, ainsi que par la pop culture, font désormais partis de notre vie quotidienne. Et ces nerds auraient pensé, anticipé et enfin expérimenté avant l’heure, un mode de vie orienté vers le virtuel. Cette nerd attitude serait-elle un phénomène aussi nouveau qu’on le prétend ?
On serait tenté de les comparer à nos érudits, nos ermites, et même aux shamans. En d’autres termes à ceux qui auraient accès aux arcannes de la connaissance, aux mondes réticulaires des divinités ; en ayant pour trait commun ce vœux pieu de se désintéresser du monde matériel pour se tourner vers des mondes immatériels, lieux symboliques où la pensée s’égare, et où la schizophrénie n’est jamais très loin.
Séquence cliché : ils auraient beau voir le monde derrière leur lourde monture de lunettes, les cheveux crasseux, être dotés d’une peau boutonneuse du fait d’une mauvaise alimentation, mangeant tout ce qu’il trouve de comestible et de rapide à assimiler, et grossir d’inactivité, ou être au bord de l’anémie, prendre de la caféine à haute dose, ou des amphétamines, pour ne plus dormir, on n’en touche pas moins ici à une ascèse de l’immersion.
L’ascèse du nerd serait concentrée derrière cet autre côté du miroir que symbolise l’écran/interface de l’ordinateur ; pour un discernement, une attention, non pas concentrée sur son corps ou les outres-mondes que sont par exemple la vie après la mort ou la métaphysique, mais sur la vie artificielle de ses propres avatars évoluant dans ce nouvel écosystème contenant toutes les connaissances, fantasmes et désirs de l’humanité. Un monde perçu au travers d’un miroir déformant, où l’on vivrait déjà dans la construction de son propre mythe à géométrie variable, construisant des scenarii et différentes identités. Un univers de projection où l’on est amené à vivre plusieurs vies par l’entremise d’un avatar. Un avatar à l’image de notre mosaïque sociale et imaginaire, que l’on peut faire et défaire comme les vêtements rapiécés d’un arlequin.
Et l’art dans tout cela. Le rapport à la matière et au concept continue son processus d’oscillation entre l’abstraction et la concrétude du monde, et questionner nos réalités. Et les univers des Nerds, tout en étant tournés vers l’immatériel, créent, improvisent des esthétique inédites, parsemées d’objets, d’images et de rituels. Pour exemple, les arts digitaux et numériques, et plus généralement l’art contemporain sont taraudés par l’imaginaire des mangas, des comics-books, freaks et autres sub-cultures, privilégiant le mix ou le « crossover ». Mouvements considérés comme « expérimentaux », jusqu’à ce qu’ils se disséminent dans tout le corps social. Cultivant l’éclectisme, on reconnaît la réussite d’artistes aussi différents que Kolkhoz, Joe Coleman, Takashi Murakami, Jodi... Il faut se rendre à l’évidence que la déterritorialisation de l’art au sein de la virtualité, se développant par ramifications de type rhizomes, forge un sentir en commun au travers de l’accès à d’autres réalités simulées. Depuis, ces tribus s’agrégent pour prendre de nouvelles formes.
Ces nerds, devenus geeks, hackers, ont désormais, par filiation, fait place aux netocrates et nolifes d’aujourd’hui. Au départ stigmatisé, mis à l’écart du champ social en s’auto-encapsulant dans des bulles virtuelles, ils ne généraient qu’incompréhension. Pourtant, ils deviennent au fur et à mesure une norme pleinement assumée. Et à bien des égards les garants d’une nouvelle puissance, au sens Nietzschéen du terme : être en mesure, comme les principaux Acteurs du Réseau, d’infléchir sur les sphères informationnelles et artistiques. L’art se conjuguerait désormais dans l’ici et le maintenant du virtuel, et ces digital natives que sont les nerds, en sont nos éclaireurs les plus clairvoyants.

Critique LES FRUITS DU CORPS Elsa Delahaye

Le fruit du corps
Du jeudi 10 au mardi 29 avril

Vernissage samedi 12 avril 19h
Centre culturel Aragon-Triolet

Non, le corps n’est pas sans organe, il n’est pas qu’apparence et bloc monolithique de chair insondable. Il est constitué d’univers tournoyants de cellules, de tissus de toutes sortes, qui en s’organisant se forment en structures fonctionnelles et interdépendantes.

Le devenir du corps érotisé semblerait passer par le symbole de la fleur : bulbes, vulves, pétales, pistils se transforment au travers du regard d’Elsa Delahaye en zones érogènes, en humeurs versatiles rouge cerise. Les photographes Araki et Mapplethorpe ont bien compris que l’efflorescences des sens se cache en chaque fleur, et particulièrement dans les lys et les orchidées. Les photographies de l’artiste sont aussi sensuelles que maintes photographies de ces artistes, avec cette même candeur et sincérité, sans tomber dans la facilité de l’érotisme et de la pornographie.

Nous sommes constitués d’organes, donc, nous sommes des intériorités ardentes, et les photos de ces fruits mûrs, gorgés de sucre, sont l’expression douce et passionnée de l’étreinte charnelle. Ce sont les mystères de l’intimité qui sont mis à jour. Et ici, c’est le regard qui déflore. Il butine et erre de triptyque en triptyque. Pourquoi cette figure obsessionnelle et redondante du chiffre trois ? Est-ce à dire que la félicité religieuse est présente ? L’on pourrait avancer plutôt, que dans la sexualité, il faut être au minimum trois : deux êtres qui se désirent, et la multitude des objets du désir qui les accompagne : fesse, bouche, sein, phallus... A ce moment, le corps devient morcelé, éclaté, écorché à vif même, par une forte charge libidinale qui exsude de tous les pores de la peau.

Oui, le corps est, tout compte fait, sans organes. Car ce dernier, du fait de la haute intensité qui le parcourt, ne parvient plus à distinguer ses organes les uns des autres, son intérieur de son extérieur. La sensation n’est plus localisée, elle est généralisée, et l’on ne sait plus ce qui est regardé : corps, fleurs, fruits… tout se brouille. Devant cette extrême intensité, cette immense vague qui submerge tout sur son passage, les fruits du corps sont là pour nous rappeler qu’en chaque fruit, en chaque fleur, se dissimulent l’occasion de regarder un peu de ce qui nous est le plus chair…

RETROUVAILLE



Hier, je réfléchissais devant un miroir et je me suis retrouvé.
Depuis, je me poursuis dans la ville à chaque fois que je croise une vitre.
A la Fnac rayon vidéo et à l'entrée de Monop, je l'ai vu.
Est-ce bien lui ou un autre reflet de moi-même.
Alors pourquoi ce sentiment de mal être intérieur.
Peut être parce que celui que j'ai retrouvé n'est pas celui qui écrit,
                                                                  et encore moins celui qui existe.

ARCHEOLOGIE D'UN NERD

« Le monde n’est plus, vive la matrice !!!
Ce que je partage sur les meta-réseaux, et dans mes univers fictifs intérieurs, est à mes yeux plus important que ce que l’on considère comme la vie réelle, organique et matérielle. A moins que ce ne soit l’inverse, déjà ma pensée s’égare, ma schizomorphose-multi-personae est en passe de s’initialiser pour me dissoudre (enfin) dans le grand TOUT rhizo-fractaliste. Ce morceau de chose viandeux et fibreux qu’est mon corps m’est encore vital, car il est mon seul Dur de restauration système, la copie conforme de mon moi 1.0. Faites moi penser à mettre des ram supplémentaires !!!. La matrice donc : c’est la vraie vie, enfin si le terme de vie s’y prête encore, parce qu’il n’y a plus de différence entre elle et mes réalités non-consensuelles.
Mon Pod est mon cordon ombilical, Electra ma muse, et mon Godzilla miniature en plastoc, mon frère.
Les labyrinthes réticulaires du vécu virtuel se jouent au hasard de mes coups de dés cycloniques aux 100000 faces, tel un jeu de rôle grandeur univers, un jeu vidéo massivement multi-schizo-joueurs. Sauf que l’on n’aurait droit qu’à une seule vie.
Ca y est !!!
J’ai patché le crack neuro-cortico-chaotico-quantique, et maintenant que dire, ça me suffit !!!
Depuis mes avatars, sans cesse, se répètent, je suis devenu immortel. J'ai aménagé une pseudo-sortie intersticielle du cycle de l'entropie : j’irai jusqu’au bout du GRAND jeu, jusqu’à ce que mon hadware/corps casse définitivement et ne puisse plus être réparé (Peut être qu'entre temps, aurais-je suffisamment accumulé de meta-point d'expérience, et obtenir le privilège d'acquérir un symbionte ou un morphoborg, et faire parti de la caste des morts-vivants ou vivants-morts, je vous laisse choisir...) La vie ne vaut d’être vécue que derrière les miroirs baroques du virtuel.
Suis-je devenu un être dividuel, ou un simplement un ersatz de gaïa, un pauvre erre ? »

Archéologie d’un nerd

EXPO // DOME'SDAY

DOME'S DAY, LE RETOUR

Les 11 et 12 octobre 2008

au
JeL Festival
Promenades audoniennes

Concerts,
Cinemix,
Installations
et Performances


- 6 rue Cagé 93400 Saint-Ouen -









EXPO // ECOSYSTEME ARTIFICIEL







Cette création s’inscrit en un plateau, une ligne de fuite pour reprendre Deleuze et Guattari. Cet espace vectoriel est une proposition d’arrière monde, où se croisent la destinée de la transmutation de la matière, l’anticipation et la préfiguration artistique. Par un renversement radical, le monde qui est ici présenté établit un ordre nouveau des choses, fruit des rêveries, et des utopies véhiculées par les sciences de la cybernétique et de la génétique. Dans cette optique, le minéral et le métal seraient mus par la vie, une vie autonome, pensante et agissante. A contrario, le paysage serait animal/végétal, mais figé, transformé par les mutations que nous lui avons infligées, en attente d’un jour meilleur pour reprendre ses droits.
Dans ce complexe le paysage est fait de chair, il est l’incarnation et la métaphore de la terre vibrante et agonisante qui sous le pas de l’« homme », devenu un être de métal, corps et âme sans organes, serait meurtrie, lacérée. Les maîtres mots sont la douleur et la souffrance. Ces derniers « vivants » existeraient dans le mensonge éhonté - fruit de l’esprit impie de l’être humain - de la possibilité de vivre en coexistence harmonieuse avec la nature. Mais ils confondent, encore, la communauté de destin (maître et possesseur de la nature) et la fragile synergie de l’écosystème planétaire. L’homme, s’évinçant lui-même de son propre territoire, n’aurait en conséquence plus sa place, définitivement exclu et dépassé par sa propre nécessité de production de vie autonome. En conséquence, ce qui a été photographié : c’est la mort, le masque, le fantôme des vies artificielles qui désormais constellent notre imaginaire de la figuration. Il y a une volonté, une obligation même, qu’elles ne soient pas virtuelles - cerveau et ordinateur - mais qu’elles soient présentes - présentifiées par la sculpture, photographie et la musique. « Ça a été là » ou « ça l’a été » : du moins c’est ce que ces supports artistiques tentent de nous faire croire. Profitant de l’illusion photographique et sonore, nous sommes idéalement en présence d’ersatz et d’avatars qui ontologiquement traversent nos imaginaires. Les potentialités que renferment les virtualités ne demandent-elles pas à surgir et de faire partie de nos réalités immédiates ?
Ce n’est pas comme on pourrait le croire dans ce texte l’hallali de l’homme postmoderne et futur posthumain, accompagné de sa cohorte de faces mutantes et de cyborgs, ni l’exacerbation de la fin de l’histoire et de la fin de l’homme tout court. Point n’en faut ! Mais cela est seulement une mise en garde, contre le progressisme aveugle de la rationalisation économique et politique qui systématise l’effacement de l’être humain, et ce au profit d’une variable statistique ou d’un code génétique. Et nous prenant tous pour des complexés de l’Oedipe et enchaîné par le patriarcat. L’action est surtout celle de mon imaginaire et trouver ces mots sont autant d’exécrations que de passions, ce tâtonnement doit laisser la place à l’imaginaire qui m’a pétri et laisser enfin « vivre » ces oeuvres.

Photographies, sculptures et texte de Frédéric LEBAS Son de Rénald Hellio

// FONDS D'ECRAN //

Ce sont quelques expérimentations de fond d'écran (comme vous le verrez les formats sont quelque peu disparates, utilisez la fonction étirer sur XP...)


Texte REFLEXION SUR LE CORPS ET LE RESEAU DANS L'ART CONTEMPORAIN





Texte introduisant l’imaginaire du corps selon la pensée en réseau d’Internet


Intervention au lycée Marceau à Chartres Le 24/03/2005

Les prémisses de la pensée sur les réseaux débutent avec l’utopie Saint Simoniste au début du XIX ème siècle. Saint-Simon est au départ un ingénieur en hydrologie et c’est lui qui élabora les premières bases conceptuelles en théorisant la notion de réseau, c'est-à-dire gérer la circulation des flux de toute nature. Sa pensée a permis en une certaine manière de planifier la reconstruction du paysage urbain moderne en cours au XIX ème (Haussman avec Paris, Phalanstère de Fourier ) C’est une utopie technologiste rationnelle et positive qui a pour croyance le progrès et l’humanisme (industrialisation, développement technologique, communication, mondialisation…)
La rationalisation commune des sciences physiques, de la psychologie, de la biologie permit de créer par la suite l’électronique et surtout la science de la cybernétique. C’est le progrès décisif qui permit de développer les ordinateurs et les réseaux de communication, et ce pour aboutir à Internet.
L’intérêt de la cybernétique que mis en place Norbert Wiener en 1945 est de pouvoir concevoir la relation entre les réseaux complexes des connexions des neurones du cerveau et l’ordinateur : autrement dit une machine doué de pensée. C’est la logique de la computation : on conçoit que l’ordinateur fonctionne comme le cerveau et inversement le cerveau fonctionnerait comme l’ordinateur. Descartes comparait déjà, dans Le Discours de la méthode, le corps à une machine. C’est en théorie loin d’être juste, car beaucoup plus complexe (neurophysiologie, cognition, Intelligence Artificielle), mais cette logique de la computation, ou connexionnisme a le mérite de créer un terreau fertile pour élaborer des théories sur la communication, la création d’imaginaire et d’esthétique novatrice.
La mise en place de ce long processus d’abstraction, qui n’est pas sans résonances avec la culture orientale ( Ex : le taoïsme : le vide, le yin et le yang, le bouddhisme…), permet au penseur mystique Teilhard de Chardin de développer la conception de « noosphère ». C’est l’enveloppe, le drap, l’étoffe cosmique et spirituelle qui recouvre la terre. Cette tentative de réconciliation de la science et la religion (nouveau système de croyance) emprunte la métaphore énergétique de l’esprit collectif dans la recherche d’une compréhension, d’une cohérence avec notre univers qui circulerait autour de la planète. Cette pensée inspirera les théoriciens de la communication, avec en autre le canadien Marshall Mac Luhan qui déclare que la noosphère serait le « village global », et que cette « sphère médiatique seraient le prolongement de nos sens » (hommage de Cronenberg dans Vidéodrome)
Grâce à ce processus qui débuta lors des années cinquante soixante on aboutit à une conception d’un nouvel espace : Espace virtuel, Cyberespace, Matrice, Réseaux réticulaires, Labyrinthe. Quoi de plus normal que de pouvoir accueillir le corps en son sein ! On voudrait en faire une dimension « habitable », où le corps pourrait y circuler, ou du moins son image, de même que sa pensée. De cette phase introductive, nous voyons se tisser une relation toujours plus intense entre le corps et le réseau et nous offre une nouvelle vision du monde, une nouvelle sensibilité esthétique.
L’une des principales sensibilités esthétiques et non la moindres est celle du post humain. Ainsi de par cette mise à distance du corps (séparation du corps et de l’esprit), comme donnée extérieure à nous-même, le corps est considéré comme un objet/outil au service de notre esprit, cette outil est « perfectible ». Beaucoup de chercheurs de tous horizons partagèrent l’idée que le corps est dépassé par les technologies et qu’il y aurait la nécessité de le muter, de le transformer selon de nouvelles exigences technologiques et relationnelles. Il ne serait plus adapté aux nouvelles conditions que l’on peut qualifier de « postmodernes ». Ces conditions sont guidées par les nouvelles technologies de communication et de maîtrise du vivant (cybernétique avec l’ordinateur personnel, les réseaux de télécommunication, les intelligences artificielles, nanotechnologie, géni génétique, … etc). Elles s’inspirent des théories évolutionnistes de Charles Darwin (sélection naturelle des espèces selon leur environnement) pour un post évolutionnisme : s’affranchir de l’évolution grâce à la technologie.
De cette post-humanité naissante, les artistes emblématiques sont Stelarc, Orlan et Matthew Barney. Stelarc serait l’incarnation du cyborg, de l’homme bionique de l’ère post-industrielle. Matthew Barney le représentant androgyne du mutant et le retour de l’animalité en l’humain. Tandis que Orlan trouve dans la chirurgie esthétique et les images de synthèse (principe du morphing) les outils de sa propre métamorphose. Ils affirment que le corps est désormais obsolète : le corps ne se suffisant plus à lui-même. Ces technologies sont vécues comme l’instrument de libération : féminisme : Cyborg manifesto de Donna Harraway, relativité de la beauté selon Orlan, contre l’imposition sociales et l’accès à la connaissance pour tous avec le Hacking (piratage informatique)...
Il faut mentionner un autre processus corollaire à cette abstraction, celui qui dissocie le corps physique du psychique, c’est le désir de télécharger son esprit dans la matrice, le cyberespace. William Gibson dans son livre Neuromancien écrit : « Pour Case, qui n’avait vécu que pour l’exultation désincarnée du cyberespace, ce fut la Chute. Dans les bars qu’il fréquentait du temps de sa gloire, l’attitude élitiste exigeait un certain mépris de la chair. Le corps, c’était de la viande. Case était tombé dans la prison de sa propre chair. » Dans ce livre, le premier du genre Cyberpunk, c’est en quelque sort le stigmate d’une pensée technophile et technophobe qui se réunissent. A la fois, fasciné par la technologie on désire intégrer la matrice, ce nouveau monde du post humain, et à la fois on repousse le progrès technologique, car il fait disparaître l’être humain, ou le pousse du moins à sa propre décadence, sa déchéance.
L’un des instigateurs de cette « théorie du téléchargement » est Hans Moravec. Il émit cette hypothèse à la fin des soixante-dix (Fin du mouvement hippies), début des années quatre vingt (Début du punk, de la musique électronique et industrielle). La Cybéria serait pour Douglas Ruskoff : un univers de signaux et de corps électroniques modulables selon les réalités virtuelles que son concepteur désire lui accorder, un univers sur mesure. Ils furent repris par la suite par de nombreux théoriciens et artistes.
Les valeurs fondamentales « utopiques » que véhicule le réseau Internet et les potentiels que renferment les ordinateurs sont la simulation virtuelle, l’intantanéité, instantanéité qui mène à l’ubiquité. Tout serait alors simulable de manière virtuelle, on peut créer une forme en devenir qui vient d’ex nihilo (de rien), mais qui renferme en elle tout les propriétés d’un être « réel », « matériel », on pourrait dire autrement : un moment simulé d’une matière absente (hyperréel de Baudrillard : tout ne serait que simulation médiatique ex : guerre du golf). L’instantanéité enfin, car être « connecté » ou « être dans le réseau » c’est en théorie d’avoir accès à tous les savoirs, d’être ainsi possesseur de l'ubiquité, de l’omniprésence et de l’omniscience. Nous serions comme un nœud, un point par lequel toutes les lignes et ramifications du treillis du réseau passeraient. Nous aboutissons à une esthétique de la réception, vers le spectaculaire que procure le virtuel, fasciné par cette matière infiniment plastique et modulable.
n 1990, c’est avec l’avènement du protocole de système d’information multimédias WWW de Tim Berners-Lee. Anciennement APARNET, ce réseau était aux mains de l’armée américaine, une partie fut cédée par la suite à une communauté de chercheurs, pour enfin appartenir au domaine public. Depuis ce jour le Word Wild Web étend ses ramifications « infinies » et devient désormais une dimension sensible, vécue au quotidien : email, chat, forum de rencontre, blog-spot, lieu de dissidence et de résistance (piratage informatique), d’échange avec le P2P (peer to peer)… Et l’art, de concert, crée ses propres formes d’expressions : sofware art, E-art, mail art, Web art, net art, art numérique en ligne, dvd et cd art… Nous aboutissons à une implication de l’art contemporain à l’« ère du virtuel », qui fait en sorte d’interroger, et de faire participer à cet engouement de manière esthétique, philosophique et sociologique, et même de dépasser (anticiper) ce nouveau contexte. Depuis la conception du réseau s’est affinée pour prendre une métaphore organique, et ce avec pour modèle le vivant : le rhizome. L’information devient flux, le corps est réduit à une équation mathématique, à une configuration d’ADN : un système toujours plus complexe en interrelation.

Initiation au web art

- JODI exemple des premier Web artistes

- Hypertexte

- Hypertexture

- Premiers principes d’interactivité

JODI

Les artistes dès l’émergence du World Wild Web occupèrent cette espace libre. L’une des figures emblématique du Web-art est le duo européen, le photographe hollandaise Joan Heemsker et du vidéaste performer belge Dirk Paesmans, qui ont pour nom JODI. Ce groupe a pour volonté de bousculer notre perception des interfaces hypermédia. Après un séjour à la Silicon Valley (Californie) pour approfondir leurs connaissances informatiques et s’initier à Internet, ils jetèrent les bases de leur fameux site chaotique JODI. Sur le site, ils expriment leur « colère » vis à vis du trop grand sérieux de la technologie. Leur design est résolument low tech (archaïque : pac man, space invader).

http://map.jodi.org/

http://404.jodi.org/

http://sod.jodi.org/

http://oss.jodi.org/i/index.html

http://jetsetwilly.jodi.org/

Cédric van Eenoo (dans un site beaucoup plus récent, il emprunte ce même design low tech)

http://www.euxyseme.com/

hypertexte

Une des notions clé pour une meilleure compréhension du processus de création est celle l’hypertexte. Pour Theodor Nelson, l’inventeur du mot « l’hypertexte est un mode d’organisation des données et un mode de pensée. (…) Il s’agit d’un concept unifié d’idées et de données interconnectées, et de la façon dont ces idées et ces données peuvent être éditées sur un écran d’ordinateur ». Autrement dit, l’hypertexte n’est plus soumis à la linéarité d’un récit, d’une histoire, même d’un morceau de musique (sampling). Dans ce contexte, le mot, l’image et le son renverraient à d’autres mots, images et sons. En créant une œuvre multimédia, il n’y a donc plus de hiérarchie de l’information, mais plutôt un système multi-médiatique qui partage le même sens, la même idée et la même esthétique. On peut définir cette technique d’agencement comme un système d’organisation de données composé de fragments multiples interconnectés et tissés dans un réseau. On parle même de Metatexte. Ces informations sont reliées les unes aux autres à l’aide d’hyperliens (autrement dit : des adresses). On peut citer le sémiologue Roland Barthes, qui en 1977, en évoquait déjà l’idée à propos de l’« intertextualité » qui est « un processus par lequel un texte est présent dans d’autres, la manière dans laquelle les textes se réfèrent perpétuellement à d’autres éléments dans l’espace de production culturelle. »

Pour exemple, en 1998, une journaliste et romancière new-yorkaise Darcey reçut une commande du website ADA. Ses commanditaires lui demandèrent de créer une courte fiction en exploitant l’architecture semi linéaire du Web. Elle mit au point Blindspot, une des premières nouvelles hyperfictionelles exploitant parfaitement les technologies mises à disposition à cette époque. C’est courte hyperfiction à l’esthétique cloisonniste fait penser à celle d’un patchwork (d’inspiration Dadaïste) : assemblage d’éléments hétérogènes placés dans des cadres (appelés « frames »)

http://adaweb.walkerart.org/project/blindspot/

Pour une meilleure compréhension, voici quelques travaux sur les banques de données hypertextuelles :

Valery Grancher, en ligne depuis 1996 :

http://www.nomemory.org/data/

« google pataphysics »

http://www.nomemory.org/pata/

Mark Napier

http://potatoland.com/

http://potatoland.com/riot/

Timothée Rolin (histoire collective)

http://www.adamproject.net/

Plate forme Incident

http://www.incident.net/_v5.5/

http://www.incident.net/events/translation/documentation/index.html

(Des fleurs, Google house… qui utilisent le programme Frags)

Hypertexture

A mentionner la notion d’hypertexture. Cette hypertexture serait le prolongement de cette synthèse hypertextuel, ce n’est plus la surface de l’écran (deux dimensions) qui est ici visée mais l’expérimentation des trois dimensions de l’espace : c'est-à-dire créer un nouveau type d’architecture expérimentale électronique.

Cabinet d’architecture Lab-au

http://www.lab-au.com/metalab.htm

http://www.lab-au.com/i-tube.htm

Premiers principes d’Interactivité

L'esthétique de la commutation

L'art électronique et/ou numérique « exige » la participation active du spectateur. En référence à Marcel Duchamp « ce sont les regardeurs qui font les tableaux », il faut souligné que ces œuvres reposent essentiellement sur la participation d’un spectateur. Ce dernier est invité à les faire fonctionner, à les faire évoluer, les faire vivres afin de pouvoir apprécier les intentions de l’artiste.

L'esthétique de l'interactivité dévoilante

L’image de synthèse permet un comportement actif et interrogatif. Cette image mobile et modulable est « interactive » par nature. Elle invite au jeu, à la manipulation, à la transformation, à l'essai, à l'expérimentation, à l'échange, à l'invention d'autres règles esthétiques. Le spectateur devient spect-acteur (alliance de spectateur et de l’acteur), et l’auteur devient opérateur, par son programme il devient un guide pour l’internautes.

L'esthétique de l'implémentation

L'art numérique propose pour nouvelle esthétique : l'ubiquité, l’interactivité, la connectivité, l'immersion. C’est ce que de nombreux théoriciens sur l’art définissent par une esthétique de l’« implémentation » (N. Goodman) En d’autre terme ce phénomène subtil et complexe est la capacité de projeter et ressentir des affectes, des émotions (réels : touché, retour de force… ou virtuels) vis-à-vis de l’objet numérique. Ce sont les conditions de présentations (« monstration ») du site, de l’œuvre qui sont mis en évidence. Devant un site on peut se poser la question : quelles sont les conditions que l’artiste « exige » afin que la réception de œuvre soit optimale ? Ex Nicolas Clauss et Servovalves demandent de mettre le son assez fort, d’éteindre les lumières et prendre son temps afin d’explorer le site et toutes ses subtilités interactives qu’il recèle.

Thématique du corps absent ou non-corps :

Selon la théorie du téléchargement (up loading)

Univers inquiétant, impersonnel, sensation d’un corps manquant.

Le corps dans cette logique est considéré selon plusieurs termes :

- Avatar (vient du sanscrit : avatara, Théophile Gautier est l’un des premier à le reprendre)

- Ersatz

- Fantôme

- Reflet

- Corps de données

Corps fantôme

Revenance de Gregory Chatonsky

Espace en Vrml (en 3D) une vie après la mort, c’est l’errance d’un esprit perdu dans le labyrinthe, NDE (Near Deaf Experience)

http://www.incident.net/works/revenances/

Dans le même genre avec le « coma », le lieu aseptisé, métaphore souterraine du métro avec le site He(m)atome

http://www.lunographe.com/hematome/

Schadows of the computer

Fantôme, esprit qui passe par une animation de dessin.

http://www.pimandtone.com/shadowsofcomputers/integrale.htm

Corps fractal (l’adéquation au corps global)

Le mouvement psychédélique (C.f. Expo maison de la pub en mars 2005) a cette intuition du fractale avant qu’il ne soit mathématisé par Mandelbrot. Il faut reprend ainsi le terme d’ubiquité : le même motifs dans l’infiniment grand que l’infiniment petit.

http://vispo.com/

Corps pour une dérive psychogéographie dans la ville

Days in a day

http://www.1h05.com/diad/

Corps de données

Avec Servovalves le corps devient diffus, dans une esthétique post industrielle.

Carbon (visage apparaissant et disparaissant)

http://www.servovalve.org/2001/0924/0924.html

Loolab (des yeux !)

http://www.servovalve.org/2002/0114/0114.html

aussi

http://www.dextro.org/

Biométrie

Site d’Eric Sadin : Tokyo Reengenering

Tracabilité du corps biomorphique dans la ville et dans les réseaux de communication.

http://www.aftertokyo.net/

Corps représenté figuré, incarné

Nous passerons de l’imagerie numérique à la performance, en passant par les œuvres immersives.

La figure du Cyborg : c’est probablement la première figure qui vient à l’esprit

Stelarc

Corps Amplifié

Le Corps Involontaire

Troisième Bras

Prolongement prothétique du corps

Greffe d’implant

http://www.stelarc.va.com.au/

Marcel-li Antunez Roca

POL (théâtre interactif et cybernétique)

http://www.marceliantunez.com/

Christophe Luxereau

Electrum Corpus, conception numérique du design de prothèses chic, non encore inventées.

http://www.luxereau.com/

Yann Minth

Autre artiste mutant/cyborg avec un univers cyberpunk. A inventé le noonautes : l’habitant du réseau

http://www.yannminh.com

Le corps mutant, le double de soi qui serait autre, corps Cloné

(Ex frères Chapman)

Mathew Barney

Figure incontournable de la création d’un mutant androgyne dans le cycle fleuve CREMASTER (en cinq volets)

http://www.cremaster.net/

http://www.pbs.org/art21/artists/barney/# (extraits vidéo)

Orlan

A inventé l’Art charnel en utilisant la chirurgie esthétique pour se métamorphoser. Self hybridation est un travail sur Photoshop où elle reconfigure dans une beauté anthropologique plurielle.

http://www.orlan.net/

Marcel antunez roca

Résistance-Tantale : exemple d’interactivité théâtrale, en capturant les visages des spectateurs, il crée des clones qu’il projette dans des mondes fantasmagoriques.

http://www.paris-art.com/num_detail-1939-antunezroca.html

Le bébé : renaissance du mutant

E-baby du collectif PLEIX (A quoi servirait un bébé cybernétique, si il ne peut vivre comme nous ?)

http://www.pleix.net/films.html

Site québécois (Naissance d’un bébé mutant dans un monde de mutants)

http://www.glia.ca/flaws/centre.html

Corps dansant, tels des poupées d’un nouveau genre

Nicolas Clauss

Le corps devient un jouet, dans une mise en scène théâtrale (certainement ce qui se fait de mieux dans le domaine !!)

http://www.flyingpuppet.com/

http://www.somnambules.net/

Et encore Marcel-li Antunez Roca

http://www.connect-arte.com/marcel.li/

Télé présence

Après les expériences artistiques de vidéo présence voici la télé présence

Se touche toi :c’est la création de rencontres sur Internet, afin que des corps puissent se toucher même de manière virtuelle.

http://www.incident.net/works/touch/

Reynald Drouhin

Betagirl : c’est une « histoire » contée par l’entremise d’une web came

http://www.incident.net/works/betagirl/

Cybersex

Il y a bien sur la question de la sexualité.

http://www.multiface.net/

http://www.neurosex.com/

site débridé, pas si incorrecte

http://www.incorect.com/

Pour approfondir et bibliographie indicative

Pour créer des tubulures en file de fer interactif

http://www.sodaplay.com/zoo/index.htm

Pour créer ses propres fractales

http://www.fractalus.com/ifl/create.htm

http://www.ultrafractal.com/

Plate forme multimédias et exposition d’œuvres en lignes

France

http://www.paris-art.com/num_list.html

http://www.teleferique.org

http://www.synesthesie.com/_cav/

http://crac.lr.free.fr/rouge/

http://www.artcart.de/index4.html

http://www.incident.net

http://www.low-fi.org.uk

http://www.toutechoseesttellequelleestmemesiellelest.net

http://www.college-invisible.org

http://collectivejukebox.org

Europe et monde

http://www.netarts.org/

http://www.zkm.de

http://www.walkerart.org/gallery9/

http://www.tate.org.uk/netart/

http://adaweb.walkerart.org

http://art.teleportacia.org

http://www.irational.org

http://bbs.thing.net

Art

Paul Ardenne - L’image corps, figure de l’humain dans l’art du XX éme siècle (Edition du regard, Paris, 2001, 507p)


Joëlle Busca - Les Visages d’Orlan, Pour une relecture du post-humain (Edition La Lettre volée, Bruxelles, 2002, 73p)


Roselee Golberg - La performance, du futurisme à nos jours (Edition Thames & Hudson, Coll Univers de l’Art, Paris, 2001, 232 p)


Edmond Couchot - La technologie dans l’art, de la photographie à la réalité virtuelle (Edition Jacqueline Chambon, Nîmes, 1998)


Olga Kisseleva - CYBERART, un essai sur l’art du dialogue (Ed Harmattan, Coll Ouverture Philosophique, Paris, 1998, 367p)


Bernard Lafargue - « Artistes-mutants » à l’aube du XXI eme (in Nouvelles Etudes Anthropologiques : Corps, Art et Société Chimères et utopies, Ed. L’Harmattan, Paris, 1998, pp 129-156)

Florence de Mèredieu - Arts et Nouvelles technologies : art vidéo, art numérique, Larousse, Paris, 2003


Nancy Spector - The Cremaster Cycle (Guggenheim Museum Publication, New-York, 2003, 522p)


Stelarc - Vers le post-humain, du corps esprit au système cybernétique ( in Danse et nouvelles technologies, Nouvelles de danse, automne/hiver, Edition Contredanse, 1999, pp 80-91)

Roman

Le cycle des robots d’Isaac Asimov

William Gibson - Neuromancien (Ed. J’ai lu, Coll. Sience-fiction, Paris, 1984, 319p)


Bruce Sterling - Schimatrice + (Ed. Denoël, Coll. Folio S.F., Paris. 713p)

Pour approfondir

Jean Baudrillard - Simulacre et simulation p16 (Ed Galilée, Coll Débats, Paris, 1981, 235p)

Mark Dery - Vitesse virtuelle : la cyberculture aujourd’hui (Publié en langue anglaise sous le titre : Escape velocity : cyberculture at the end of the century, traduit par George Charreau, Ed Abbeville, Coll Tempo, Paris, 1997, 365p)

Stéphanie Heuze ( Sous la direction de) - Changer le corps ? ( Paris, La Musardine, 2000, 199 p)

Thimoty Leary - « Comment je suis devenu un amphibien » (in Chaos et Cyberculture, Edition du Lézard, Paris, 1996, pp19-24)


Marshall Mac-Luhan - Pour comprendre les médias, les prolongements technologiques de l'homme ( Edition du Seuil, Collection Points Essais, Paris, 1964, 404 p)


Pierre Musso - Le cyberespace, figure de l’utopie technologique réticulaire (Les promesses du cyberespace méditation, pratiques et pouvoirs à l’heure de la communication électronique, revue Sociologie et Sociétés, vol XXXII, n° 2, Ed Les presses de l’université de Montréal, automne 2000, pp 47-48)